La maturation du marché des capitaux a risques en France

Written on 3 mars 2008 – 11:05 | by admin |

Le souci d’indépendance des dirigeants d’affaires de taille moyenne, s’est longtemps traduit par une grande méfiance quant à l’entrée dans le capital de partenaires, financiers ou industriels, surtout lorsque leur taille est importante ou qu’ils prétendent exercer un droit de regard sur la gestion. L’ouverture aux tiers, même limitée dans un premier temps, et pas menaçante, était souvent considérée comme un point de non retour aux conséquences impossibles à maîtriser. L’élargissement de l’actionnariat risquait en effet de faciliter aux membres de l’entourage du chef d’entreprise la cession de leur participation et faisait donc craindre l’accélération d’un processus que l’on aurait pu à la rigueur accepter d’engager si l’on avait l’assurance qu’il reste étroitement circonscrit. Par ailleurs, l’actionnaire principal ayant accepté le nouveau partenaire, mais n’ayant pas les moyens de racheter ultérieurement la participation, craignait que le bloc de titres sorti de sa mouvance ne tombe un jour ou l’autre entre des mains indésirables.

Force est de reconnaître également que pour la communauté financière, la demande de capitaux à risque apparaissait souvent insuffisamment solide ou solvable, car émanant d’entreprises en situation sensible parce que trop récentes, trop “technologiques” ou tout simplement en difficultés à la suite d’erreurs de gestion.

Enfin, lorsqu’elle s’exprimait, la demande de capitaux à risques ne conduisait pas toujours le chef d’entreprise à remettre en cause certaines habitudes ou pratiques, courantes dans une affaire entièrement fermée, mais parfaitement insupportables pour un minoritaire extérieur:

  • défaut d’information sur la situation de l’entreprise, sa stratégie, ses perspectives;
  • maintien d’avantages particuliers pour le groupe familial: emplois “réservés “, salaires élevés, avantages annexes, politique de dividende ne tenant compte que des intérêts du groupe majoritaire, etc.;
  • méconnaissance de la hiérarchie naturelle de la rémunération de l’épargne qui fait que les placements en capitaux permanents, qui entraînent une forte immobilisation des fonds doivent être davantage rémunérés que les placements plus liquides, et que par ailleurs, parmi les capitaux permanents, les fonds propres, qui ajoutent à l’immobilisation un plus fort coefficient de risque pour l’épargnant, doivent eux mêmes offrir la rémunération la plus élevée pour demeurer attractifs.

Aussi, alors qu’elles se montraient de plus en plus audacieuses en matière de crédit, les banques n’ont fait preuve d’aucun dynamisme particulier en la matière jusqu’au milieu des années 80.

Le rapport Dautresme explique les réticences du système bancaire de la façon suivante: “les principes qui ont longtemps régi le fonctionnement des banques de dépôts en France et qui ont été nettement affirmés lors des nationalisations de 1945, ont écarté les établissements des prises de participation en raison de l’immobilisation qu’elles entraînent et du risque qu’elles font peser sur la capacité à rembourser les dépôts. Malgré la libéralisation introduite dans l’activité des banques en 1967, les habitudes de la vie professionnelle et la formation des hommes, très tournées vers le crédit, ont fait que les solutions des problèmes de haut de bilan ne sont, le plus souvent, pas étudiées, ni a fortiori exposées par d’autres que leurs rares spécialistes. Mais il faut dire aussi que les banques sont dissuadées de s’engager davantage dans le capital des entreprises par les mécomptes que certaines d’entre elles ont rencontrés dans ce type d’activité, d’autant que l’article 99 de la loi sur la faillite met à la charge du banquier associé, lorsque l’entreprise est en difficulté, le risque de devoir prendre en charge, en totalité ou en partie, les dettes sociales”.

Ainsi, aux difficultés ressenties par tous les investisseurs lourdeur de l’instruction et du suivi des dossiers, alea de la rémunération, il liquidité et incertitude sur les conditions de sortie de l’investissement qui sont indissociables du concept même de capital risque, s’ajoutaient pour les banques, des réticences qui leur sont propres.

Celles ci étaient sans doute plus marquées chez les anciennes banques de “dépôts” que dans les banques” d’affaires “, dont la prise de participation constitue traditionnellement une part non négligeable de l’activité, même si elle s’exerce la plupart du temps dans un contexte différent, mettant en jeu, soit dans le cadre d’une gestion de portefeuille, soit dans celui d’une opération ponctuelle, d’importants intérêts sur des sociétés de grande taille.

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