Lundi, février 18th, 2008 |
Le comportement financier des agents économiques est évidemment influencé par l’évolution du niveau général des prix, ainsi que celui des taux d’intérêt qui, comparé au précédent détermine en première approximation le coût ou le rendement réel liés respectivement à l’obtention ou au placement des liquidités.
Les pays de l’OCDE ont connu à cet égard une expérience de la désinflation à partir de 1980, fort différente des expériences comparables vécues depuis la deuxième guerre mondiale, par son ampleur, sa durée et sa relative concomitances. A une phase de ralentissement rapide de la hausse des prix (1980 1986) succède une période au cours de laquelle l’inflation, au delà de la reprise observée en 1987 et 1988, semble se stabiliser à un niveau un peu supérieur à 3 %, assez largement inférieur à celui des années soixante dix.
La France, traditionnellement vulnérable au processus inflationniste n’entamera son processus de décrue qu’avec un certain retard par rapport à ses partenaires, l’ampleur du débat politique et idéologique à la charnière des années 70 80 n’étant sans doute pas complètement étrangère à cette rémanence.
Dans cet environnement difficile, le durcissement généralisé des politiques monétaires à partir de 1979 conduit les taux d’intérêt nominaux à court et moyen terme vers des niveaux exceptionnellement élevés dans la plupart des pays industrialisés, la décrue s’opérant graduellement à partir de 1982. L’importance des politiques restrictives chez nos partenaires principaux justifiera que l’on évoque pour notre pays le concept de désinflation importée. La France n’échappe cependant pas à la hausse des taux d’intérêt et bat même des records au début des années 80.
La relation entre taux d’intérêt et inflation peut être différente selon que l’on considère les taux courts ou les taux longs, car les anticipations influencent la structure des taux, et suggèrent un plancher de taux nominal donc un niveau de taux réel d’autant plus élevé que l’inflation est faible.
En tout état de cause, même si la relation entre taux d’intérêt et inflation est apparue plus instable durant la décennie 80, le changement de palier des taux réels doit être apprécié à travers plusieurs facteurs explicatifs globaux, souvent controversés et parfois contradictoires, parmi lesquels on retiendra:
- l’interdépendance des taux d’intérêt mondiaux sous l’influence du marché “directeur” ou supposé tel, les Etats Unis dont les déficits publics, pour les taux longs, mais aussi les politiques de change pour les taux courts ont joué un rôle prépondérant,
- l’alignement des taux d’intérêt réels des actifs financiers sur la rentabilité anticipée des entreprises, celle ci pouvant apparaître élevée après une longue période de sous investissement ayant accéléré le vieillissement des équipements productifs,
- la montée des primes de risque liée aux incertitudes sur la croissance, le niveau des taux de change, la qualité des débiteurs, etc…
En prenant pour exemple le rendement des emprunts d’Etat, considéré comme taux directeur pour le long terme, on peut distinguer en France les phases suivantes:
- la première période, courant jusqu’en 1985 1986 est caractérisée par une forte diminution du taux nominal, de 14 % et même 16 % pendant la période électorale de 1981, à 8,8 %, et s’accompagne d’une hausse importante du taux réel (de O,4% à 6,2%),
- à partir de 1986 des fluctuations de moindre ampleur s’observent autour d’un chiffre pivot de 9% pour le taux nominal et 6% pour le taux réel.
- La formation des taux en France est aujourd’hui étroitement dépendante de l’extérieur. L’impact de ces derniers est plus difficile à identifier en raison des transformations de la sphère financière alors qu’ils sont devenus une variable de commande de la politique économique et en principe sujets à de plus amples fluctuations.
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Lundi, février 18th, 2008 |
La théorie du développement nous apprend que la croissance d’une économie passe notamment par son financement. Un pays ne peut décoller et se développer que dans la mesure où il dispose de capitaux suffisants et affecte ses ressources en respectant un certain nombre de règles; faute de quoi il s’expose à la détérioration de ses grands équilibres, ce qui se traduit inéluctablement pour lui par le recours à la dure médecine du Fonds Monétaire International (FMI).
La crise économique mondiale, apparue avec le premier choc pétrolier (1973) n’est pas si lointaine qu’aucun pays, même industrialisé, puisse se sentir à l’abri du risque en ce domaine, alors même que les bouleversements géopolitiques de la fin de la décennie 80, l’interpénétration croissante des économies, et l’internationalisation des flux financiers rendent toujours plus précaires les situations et plus dépendantes les politiques nationales.
Le repli sur soi même, tentation constante des économies malades ou en difficulté passagère, ne saurait être plus longtemps une réponse efficace car les solutions purement internes, et par conséquent divergentes par nature des rythmes acceptés ailleurs, ont plus souvent pour conséquence l’aggravation des écarts que leur résorption. Qu’il s’agisse de relance en cas de ralentissement économique ou de lutte contre la surchauffe, c’est l’action concertée qui permet d’assurer tant un niveau d’activité satisfaisant que la stabilité monétaire interne et externe.
Toutefois, de la qualité de ses structures dépendent aussi bien la capacité d’un pays à faire respecter ses intérêts nationaux que la vigueur des réactions de son économie aux stimulations offertes par de telles pratiques de concertation entre les grandes nations industrialisées. A cet égard, la question du financement est fondamentale car l’abondance ou la pénurie de ressources ainsi que la qualité de celles ci déterminent la marge de manÅ“uvre des centres de décision en matière économique, et influent de façon décisive sur la réussite des politiques menées.
Sans doute, peut on recourir pour financer l’investissement national, à l’épargne étrangère, et l’ampleur qu’ont pris les mouvements de capitaux durant la dernière décennie en atteste. Toutefois, dans la plupart des grands Etats, l’investissement national reste financé par l’épargne nationale, car le solde extérieur des échanges de capitaux, voire l’indépendance de la politique économique se ressentiraient dramatiquement à court ou moyen terme, d’une couverture extérieure systématique des insuffisances nationales de moyens de financement, ainsi que le souligne le Conseil National du Crédit dans son bilan de la décennie 80 (1).
La situation de la France est aujourd’hui enviable par rapport à celle de bien des pays: elle affiche une économie puissante, performante sur maints créneaux et un système financier constitué de longue date, structuré. Elle a su profiter d’une période de désinflation mondiale sans précédent pour opérer les modernisations qui s’imposaient, y compris dans le domaine financier, alors que parallèlement notre monnaie nationale améliorait progressivement son image vis à vis de la communauté financière internationale. Elle a démantelé son traditionnel dispositif de contrôle des changes sans que cela se traduise par le moindre cahot pour la valeur externe de notre monnaie.
Toutefois, si, dans un contexte international favorable, la situation économique et financière parait à bien des égards satisfaisante pour la France au début de la décennie 90, les inquiétudes qu’a fait naître l’année 1987 doivent demeurer présentes à l’esprit et inciter à une certaine vigilance car la sphère financière mondiale reste susceptible de souffrir de graves dérèglements transmissibles à l’économie dite “réelle” des biens et des services non financiers.
En tout état de cause, l’abondance des liquidités ne doit pas faire perdre de vue certaines insuffisances de notre épargne nationale qui ressortent de l’analyse du comportement financier des agents économiques et qui démontrent une certaine fragilité des équilibres actuels.
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