Les particuliers : le maché obligatoire et l’actionnariat individuel
Mercredi, mars 5th, 2008 |Les particuliers représentaient, il y a une trentaine d’année, la majorité des apports nets de capitaux sur le marché obligataire. Ils restent des investisseurs importants, attirés par la conjonction de facteurs favorables: taux de rendement nominaux élevés, limitation du prélèvement forfaitaire sur les revenus obligataires. Mais l’explosion du marché obligataire à partir de 1980 a consacré un retrait sensible de leur part dans le total des émissions (20 à 25% selon les années). Ils détiennent aujourd’hui environ un tiers des portefeuilles et sont surtout friands de taux fixes.
LES PARTICULIERS ET L’ACTIONNARIAT INDIVIDUEL
L’actionnariat individuel jusqu’aux privatisations
L’actionnariat individuel demeure une réalité importante de la vie économique et financière en France et se situe encore aux alentours du tiers de la capitalisation boursière des actions françaises, même s’il a décru avec l’augmentation de la part des investisseurs institutionnels et surtout des non résidents.
Longtemps découragés par les performances médiocres de la bourse, les actionnaires particuliers ne représentaient plus au milieu des années 1970 qu’environ 1 million de foyers fiscaux auxquels on doit ajouter l’actionnariat indirect résultant de la détention de SICAV, soit un demi million.
Sur les années 1978 et 1979, environ 1,2 million de foyers fiscaux différents bénéficient de la détaxation de l’épargne investie en actions (loi Monory) parmi lesquels la moitié sont de nouveaux actionnaires. Les achats d’actions ayant été principalement effectués par l’intermédiaire des SICAV Monory, le nombre d’actionnaires directs augmente relativement peu (environ 1,15 million de foyers fiscaux fin 1979) mais celui des détenteurs de SICAV double.
Ainsi la loi du 13juillet1978 fait elle passer la proportion d’actionnaires dans la population globale de 1 personne sur3l à 1 sur 23, rapport identique à celui observé en Grande Bretagne, mais plus faible que celui de l’Allemagne Fédérale et du Japon, et notoirement inférieur à celui des Etats Unis (1 personne sur 7).
L’année 1982, marquée par la nationalisation de grands groupes industriels et des banques les plus importantes, devait avoir pour conséquence un vif recul de la part des actions françaises dans le portefeuille des ménages, d’autant que parallèlement le niveau croissant des rendements réels après impôt des obligations renforçait la préférence traditionnelle des intéressés (à l’exception des industriels, professions libérales et cadres supérieurs) pour les valeurs à revenu fixe.
Enfin, on doit souligner que l’actionnariat direct des salariés reste très limité si les cessions d’actions des banques et entreprises nationales prévues par la loi du 4janvier 1973 concernaient un nombre relativement important de salariés (130 000), ces titres ont été repris par la puissance publique dans le cadre de la nationalisation de 1982. On citera également pour mémoire l’échec de la loi du 24 octobre 1980 instituant, dans la limite de 3 % du capital social, la distribution gratuite et facultative d’actions aux salariés.
Les particuliers et les privatisations
En affichant un succès éclatant, les privatisations ont relancé une forme d’actionnariat direct qui s’étiolait au profit d’une gestion collective souhaitée et développée par les banques.
Outre qu’il témoigne d’un consensus sur l’une des options majeures du gouvernement issu des urnes de mars 1986, l’engouement des Français pour les sociétés privatisées trouve ses raisons dans l’orchestration technique d’opérations menées à une cadence accélérée et jusqu’alors jamais rencontrée dans aucun pays étranger, Grande Bretagne comprise:
- qualités des sociétés à privatiser, présentées comme des entreprises saines et dynamiques, susceptibles d’offrir à leurs futurs actionnaires des perspectives de développement attrayantes pour les années à venir;
- influence des campagnes de notoriété et de publicité financière percutantes, et utilisant tous les média disponibles;
- niveau raisonnable des prix d’offre permettant aux souscripteurs de tabler sur une plus value significative, quasi certaine;
- modalités mêmes des OPV: rationnement tactique des demandes institutionnelles, y compris celles du “noyau dur “, et des investisseurs étrangers ; distribution d’actions gratuites au terme de dix huit mois de détention; forte implication des salariés;
- effet ” boule de neige” : de même que la réussite des entrées sur le second marché avait provoqué un état d’esprit favorable aux acquisitions des premiers jours, les succès de Saint Gobain et de Paribas ont facilité les privatisations ultérieures.
Selon divers sondages ces nouveaux actionnaires sont plus jeunes (50 % ont moins de 45 ans) que leurs prédécesseurs, débordent les catégories socioprofessionnelles traditionnellement intéressées par les valeurs mobilières pour attirer également cadres moyens et employés (35 %), se recrutent dans les grandes villes (49%) mais aussi dans la “France profonde”. La très grande majorité d’entre eux se sont ainsi constitués un portefeuille qui, à l’image du livret de la Caisse d’Épargne, présente un certain caractère d’épargne de précaution.
Faut il conclure qu’avec les privatisations, l’actionnariat direct a retrouvé une nouvelle jeunesse, que la détention directe de valeurs mobilières est susceptible de redevenir le mode d’accès privilégié de l’épargnant en bourse? Si l’on examine les problèmes de gestion des titres posés aux établissements bancaires et les coûts induits par ces millions de petits portefeuilles, on peut s’interroger sur la pérennité de la situation. En outre, il est à craindre, selon un vieil adage boursier, que les achats effectués par des investisseurs occasionnels “au son du clairon” se traduisent par des ventes massives “au son du canon “. Les réflexions menées par la profession bancaire, favorable à la gestion collective devraient ainsi déboucher à terme sur le retour progressif de cette épargne dans des OPCVM.
Conditions du renforcement de la présence des particuliers sur le marché des actions
Le renforcement de la présence des particuliers sur le marché des actions supposait qu’un certain nombre de conditions soient réunies:
une meilleure information: avant la loi Monory tout au moins, le placement en actions ne correspondait guère à l’image que se font les ménages d’un placement financier dont ils attendent essentiellement cette protection contre l’érosion monétaire que l’immobilier semble leur offrir. Ayant acheté un avantage fiscal davantage que des titres, les Français ne se sont fait que progressivement une image plus nette de la bourse à partir de 1978;
des conditions de marché favorables : celles ci ont été particulièrement brillantes de 1983 à fin 1986. Il est vraisemblable que les bonnes dispositions de la bourse aient fait revenir à elle d’anciens actionnaires, ou plus généralement une clientèle aisée disposant d’une capacité financière suffisante pour prendre des risques. Le succès des privatisations a eu pour sa part un effet d’entraînement;
un effort accru des intermédiaires, en particulier des banques, pour faire connaître l’intérêt de leurs services de gestion. Si le nombre de comptes gérés reste encore limité, nombreux sont les ménages qui laissent leur portefeuille en l’état, ou presque, faute de temps et de moyens (suivi des avis et communiqués publiés par les sociétés). Dans un contexte de mondialisation des affaires et d’instabilité des monnaies, les professionnels eux mêmes devant travailler en équipe pour gérer les portefeuilles dont ils ont la responsabilité dans un cadre sectoriel et géographique suffisamment diversifié, la gestion individuelle est sans doute largement condamnée;
une réflexion sur les conditions : l’empilage du coût des transactions et des droits de garde, ainsi que des commissions de gestion bien qu’il provoque le mécontentement, voire l’irritation du particulier titulaire d’un compte titres, ne satisfait pas pour autant la banque, déficitaire avec les petits ordres ou la conservation de portefeuilles de faible montant, et qui a tendance à fixer un plancher d’intervention déjà très sélectif pour accepter de prendre un portefeuille en gestion véritablement personnalisée. La modernisation de la facturation des opérations sur titres qui s’engage
actuellement avec notamment la libération des courtages depuis le 1er
juillet 1989, est de nature à contribuer au développement de l’actionnariat, même si elle décourage les porteurs marginaux (la “veuve de Carpentras “)
l’amélioration du statut de l’actionnaire individuel, sous le triple point de vue de son statut financier, de ses moyens d’expression et de sa protection, de ses relations avec l’entreprise.
Si la nécessité doit apparaître clairement à l’entreprise de rémunérer correctement ses actionnaires dans l’intérêt bien compris des deux parties, des voies d’amélioration telles que l’extension de la pratique des acomptes sur dividende, et surtout le relèvement à 100 % de l’avoir fiscal ont été suggérées.
Quant aux moyens d’expression des actionnaires dont on connaît les limites, l’institution du vote par correspondance, le renforcement de la vigilance des autorités de tutelle à l’occasion de certaines opérations, le développement des expertises de minorité, sont autant de pas dans la bonne direction.
Enfin, la création en plus grand nombre d’associations d’actionnaires permettrait dans la pratique de favoriser un véritable dialogue de l’entreprise avec ses actionnaires. Embryonnaires en France, contrairement à ce que l’on observe dans quelques pays, comme les Etats Unis, de tels groupements ne peuvent cependant voir le jour que si leurs premiers bénéficiaires en perçoivent tout l’intérêt et que si les entreprises les admettent, voire les encouragent.