Avantages d’un politique d’épargne
Lundi, février 18th, 2008 |Développer les motivations à épargner des ménages
Pour comprendre les motivations des épargnants, il convient de se rappeler que l’épargne est essentiellement un acte volontaire visant à transférer des ressources dans l’avenir. Elle n’est ni un résidu du revenu ni le résultat d’un calcul de rentabilité conduisant à renoncer à un certain pouvoir d’achat aujourd’hui pour disposer d’un pouvoir d’achat supérieur demain.
Une politique efficace de l’épargne doit prendre en compte les motivations traditionnelles mais aussi s’appuyer sur de nouvelles justifications.
Au rang des premières on rangera la peur de l’avenir (épargne de précaution), la volonté de transmettre un patrimoine à ses héritiers qui n’est plus l’apanage des couches les plus aisées de la population , l’ambition d’acquérir un logement, objectif de la plupart des Français.
D’autres motivations sont aujourd’hui très fortes et méritent d’être encouragées. Au premier chef de nombreux Français perçoivent la nécessité de compléter leur retraite; l’objet des régimes de retraite obligatoire n’est en effet que de garantir à chacun un revenu dont le niveau dépend du revenu d’activité, de l’effort de solidarité consenti par la collectivité mais également de la pyramide des âges de la population dans un système par répartition, et enfin du métier exercé. Aussi la menace d’une brusque baisse des ressources attendue pour l’âge de la retraite conduit elle les ménages qui disposent de revenus suffisants, et qui sont justement ceux qui sont les plus directement concernés par cette chute du revenu, à entreprendre une préparation financière individuelle de la retraite fondée sur un effort d’épargne particulier dont la trace peut se lire sur les profils de l’accumulation patrimoniale
La seconde motivation nouvelle est la préparation sur le plan financier d’une baisse de revenus liée à l’organisation personnelle du temps: années sabbatiques, congés consacrés à l’éducation d’enfants en bas âge, travail à mi temps, etc…
En troisième lieu, d’aucuns sont motivés pour créer une entreprise mais renoncent à leur projet faute de capitaux. L’esprit d’initiative qui suppose souvent l’accumulation d’un capital minimum doit être soutenu.
Enfin on peut s’interroger sur la prise en compte de l’épargne de proximité car il n’est pas impensable que certains ménages se sentent particulièrement motivés par une épargne dont l’utilisation resterait purement locale.
Favoriser les formes les plus stables de l’épargne
Le rapport Dautresme remarque que “l’épargne liquide (ou “transformée “) est plus facile à attirer, moins coûteuse à rémunérer et ne comporte pas de risque en capital mais elle est mal protégée contre l’érosion monétaire; elle s’accompagne par définition d’une augmentation de la masse monétaire et, réversible par nature pour un coût d’opportunité faible, elle , présente un degré de risque élevé pour l’économie en raison de son basculement toujours possible vers la consommation à un moment inopportun. L’épargne “placée” présente les inconvénients, mais surtout les avantages, symétriques. Toute politique de contrôle de la quantité de monnaie en circulation implique le développement de cette épargne “.
Sans nier que d’une part tout système financier comporte à la fois une part d’épargne transformée et une part d’épargne placée, que de l’autre le choix entre ces deux formes d’épargne suppose en outre une option de politique monétaire, la politique de l’épargne doit être axée sur une stratégie d’échelonnement et d’allongement de l’épargne des ménages. Dans cette optique il faut favoriser l’épargne en vue du logement et de la retraite.
Cette stratégie présente trois avantages:
- accroître la marge de manÅ“uvre des autorités financières: chargées de la régulation économique globale, ces dernières doivent pouvoir décider librement de la part des financements qui doit incomber, selon les circonstances, à la création monétaire ou à l’épargne placée. Mais pour choisir, il faut pouvoir utiliser toute la gamme des instruments;
- desserrer la contrainte financière qui pèse sur le système financier du fait de la préférence pour la liquidité: l’épargne est tassée sur les formes les plus liquides, s’effile vers les produits longs et présente des lacunes dans ce qui devrait être un échelonnement continu;
- réduire les risques monétaires compte tenu des enjeux du moment: le dérapage inflationniste est aujourd’hui plus élevé et moins facilement l’absorbante que dans une période d’expansion. Il faut donc préférer aux formes les plus liquides de l’épargne des instruments d’épargne à long terme tant que celle ci n’aura pas atteint la masse critique conférant au système financier une assise suffisamment stable et à l’économie un niveau de sécurité acceptable.
Echelonner la rémunération de l’épargne en fonction de sa durée et des risques encourus
Ecarter l’indexation générale et promouvoir une hiérarchie des rémunérations constituent les deux volets d’une politique de l’épargne en matière de taux.
L’indexation générale de l’épargne risque en effet de provoquer une spirale inflationniste dont il est difficile de sortir. On admettra que des mécanismes ne prennent en compte l’érosion monétaire que pour protéger l’épargne populaire.
Par ailleurs, des rémunérations élevées encouragent le développement de l’épargne longue mais peuvent dissuader d’investir et surtout pèsent sur les comptes d’exploitation des emprunteurs.A l’inverse, des taux d’intérêt peu élevés ne permettent pas de drainer beaucoup d’épargne longue et s’accompagnent d’une plus grande création monétaire; ils contribuent à alléger les frais financiers mais ne déclenchent pas automatiquement des investissements en quantité suffisante.
Comme le souligne F. de Juvigny, “accroître la rémunération de l’épargne paraît tout à fait sympathique, mais cela implique que quelqu’un en paie le coût, et ce ne peut être que le débiteur final. En effet, quel que soit le talent du banquier ou de l’intermédiaire financier, on voit mal par quelle alchimie il pourrait ne pas infliger à un emprunteur les conséquences d’un prix plus élevé de sa matière première “.
Pour concilier cet ensemble de contraintes, il faut échelonner la rémunération de l’épargne en fonction de sa durée et des risques encourus. La fourchette des rémunérations peut aller de zéro (dépôts à vue) à un niveau de taux qui permette au porteur d’une obligation d’espérer un rendement après impôt légèrement supérieur au taux d’inflation escompté pendant la durée de vie de l’emprunt (taux d’intérêt réel positif).
Dans cette optique il y a lieu en outre de ne pas défavoriser l’épargne longue à risques (actions) dont la rémunération est légitime et doit comporter une prime compte tenu de l’aléa qu’elle accepte.
L’attitude des épargnants est aujourd’hui plus favorable à l’égard des placements à risques qu’il y a quelques années. Par ailleurs la diminution de l’appel au marché obligataire des établissements de crédit, qui ne sont plus poussés par l’encadrement du crédit, et de l’Etat, dont le déficit se réduit progressivement, supprime quelques entraves au développement de l’épargne à risques. La hausse pratiquement ininterrompue de la bourse depuis la période des privatisations attire, pour sa part, de nouveaux épargnants vers les placements en actions.
Aménager les avantages fiscaux de l’épargne
Même si les incitations budgétaires en faveur de l’épargne exercent une influence diffuse, mais difficile à prouver, sur son montant, elles visent plutôt à l’orienter et accessoirement à atténuer les effets de l’érosion monétaire. Il convient en tout cas que la fiscalité de l’épargne soit cohérente avec les orientations financières des Pouvoirs publics.
En resituant la question des avantages fiscaux de l’épargne dans le contexte économique, on peut conclure que la fiscalité française de l’épargne constitue l’un des moyens utilisés pour surmonter le handicap de nos structures socio économiques. En effet plus les prix sont stables, plus les entreprises sont concurrentielles et plus le consensus social est fort, moins il est nécessaire de conforter la formation de l’épargne par une fiscalité spécifique. En revanche un pays où l’inflation est chronique et l’équilibre extérieur précaire trouve des raisons d’aider son épargne comme il aide son industrie.
Mais comme le faisait déjà remarquer le Rapport sur les Perspectives du Financement de l’Economie Française (1987), dit “rapport Lagayette “, “pour avoir une meilleure assurance que les ménages continueront à réagir favorablement à une forte offre de titres à risques, la situation fiscale relative à cette forme d’épargne par rapport aux autres produits d’épargne financière pourrait être améliorée, cela pouvant passer par la diminution ou la suppression de la double imposition des bénéfices “.
Mettre davantage l’épargne au service de l’investissement
“La politique de l’épargne n’est qu’une composante de la politique économique. Elle répond à une politique de l’investissement. Réciproquement, la politique de l’investissement doit reposer sur une certaine politique de l’épargne pour n’être pas inflationniste. En d’autres termes, une politique de régulation globale implique de favoriser simultanément et la motivation à investir et la propension à épargner, ce qui implique la mise en Å“uvre de moyens adaptés à ces deux objectifs parallèles” (Rapport Dautresme).
Le lien entre l’épargne et l’investissement peut être résumé ainsi: c’est la croissance et l’investissement qui l’accompagne nécessairement qui produit les revenus susceptibles à la fois de soutenir la consommation et d’engendrer l’épargne qui peut alors s’affecter au financement des investissements.
Si les finances publiques jouent un rôle dans le soutien à l’investissement, il faut également souligner la place que peut tenir la fiscalité de l’épargne dans l’incitation à investir. Toute politique de l’épargne se doit donc de rechercher les mesures susceptibles de créer un lien direct entre l’accroissement de l’épargne des entreprises et la création d’investissements nouveaux.