Comportement financier des entreprises

Written on 18 février 2008 – 14:04 | by admin |

Dans un contexte de mutation technologique et de compétition économique qui perdure, les pays industrialisés doivent s’adapter : la modernisation ne saurait se décréter, elle passe par un financement sain c’est à dire par un subtil dosage des ressources internes et externes en capitaux par les entreprises. Réaliser des profits demeure donc pour ces dernières un objectif intangible, ce qui signifie qu’il leur faut d’abord produire au meilleur coût pour vendre à des prix concurrentiels, ensuite investir pour gagner de la productivité et préserver leur avenir.

Le partage de la valeur ajoutée

L’examen du partage de la valeur ajoutée explique pour une part la dégradation de la situation financière des entreprises pendant la première moitié de la décennie.

Mesure de la création de richesses, la valeur ajoutée est la différence entre la production et les consommations intermédiaires. Elle laisse aux entreprises après paiement des dépenses courantes (charges salariales, fiscales et financières) une épargne brute qui facilite l’investissement.

Laminé de 1981 à 1983, le taux d’épargne des sociétés se redresse progressivement et atteint en 1986 un niveau comparable à celui de l’entre deux chocs pétroliers.

Au début de la période la part des dépenses courantes progresse faisant reporter sur les entreprises l’essentiel du poids de la crise:

  • la réduction du surplus à distribuer a entraîné un durcissement des conflits de répartition, les ménages cherchant à conserver voire augmenter leur pouvoir d’achat. Les mesures prises par la Gauche à son arrivée au pouvoir en 1981 (revalorisation des bas salaires, réduction de la durée hebdomadaire du travail, octroi de la cinquième semaine de congés payés) pèsent sur les comptes des entreprises. Enfin la montée du chômage se traduit par la mise en place de mesures de protection sociale induisant un alourdissement des charges des sociétés. On ne sera pas surpris d’observer que les charges salariales et sociales qui représentaient 67% de la valeur ajoutée, culminent à 69% en 1982 pour revenir à 67,5 % en 1984, la rigueur ayant succédé à la relance,
  • l’accentuation de la pression fiscale (taxe professionnelle par exemple) est également une donnée majeure,
  • en dernier lieu, la charge financière des entreprises s’est élevée en raison de l’accroissement de l’endettement et surtout des hausses de taux d’intérêt liées aux politiques monétaires restrictives des principaux pays industriels, dont la France.
  • Les effets de ses déséquilibres convergent: à la baisse de l’épargne brute des entreprises jusqu’en 1982 correspond une dépendance accrue vis à vis de leurs sources de financement externes et particulièrement à l’égard du crédit bancaire.

A partir de 1983 la solvabilité des entreprises va s’améliorer, le poids des intérêts versés dans l’excédent brut d’exploitation diminuant graduellement.

Par ailleurs dans un contexte de désinflation et de modération des coûts salariaux, le contre choc pétrolier (1986) permet aux entreprises de reconstituer leurs marges et de restaurer leur rentabilité alors qu’elles continuent de limiter leurs investissements.

La dégradation puis la remontée du taux d’autofinancement

“Jusqu’à la crise, l’autofinancement des entreprises faisait l’objet d’un débat théorique, au demeurant assez platonique. Ses partisans faisaient valoir qu’il constituait un circuit court d’affectation de l’épargne à l’investissement récompensant les entreprises les plus dynamiques et multipliant leur capacité créatrice, au sein d’une stratégie à long terme indépendante et bien maîtrisée. Ses détracteurs faisaient ressortir que l’autofinancement n’assurait pas une allocation optimale des capitaux, en soustrayant à la logique du marché une fraction des moyens financiers disponibles et en permettant, dans de nombreux cas, aux dirigeants des entreprises d’asseoir des stratégies de puissance ou de pouvoir non conformes à la stricte rationalité économique”.

La crise a rendu caduque pour partie cette problématique en augmentant le niveau de risque général dans lequel fonctionne l’économie. Dans ce nouveau contexte, il est primordial pour les entreprises d’avoir à leur disposition un volume suffisant de capitaux à risques dont la rémunération peut être flexible, voire nulle sur une courte période et dont l’obtention n’est pas assortie de clauses contractuelles de remboursement. Une telle épargne, dont les composantes sont l’autofinancement et les capitaux propres d’origine externe, apporte une sécurité indispensable au développement des entreprises et permet donc à ces dernières d’accélérer leur programme d’investissement tout en restant relativement à l’abri d’une crise de liquidité si leur rentabilité est moindre que prévue ou plus lente à se dessiner. Dans cette optique l’autofinancement doit être favorisé pour enclencher un processus de développement: d’une part il constitue la base normale du financement de l’entreprise, de l’autre il doit servir à relayer les fonds propres d’origine externe qui s’y sont investis; la capacité d’autofinancement est en outre un indicateur de santé qui pèse lourd dans le choix de l’investisseur.

Force est cependant de constater que le taux d’autofinancement (1) des sociétés s’est effondré progressivement jusqu’en 1981.

Pour pallier l’insuffisance de leur autofinancement, les entreprises ont en effet eu recours à l’endettement. Cette politique, adéquate en période d’expansion et d’intérêts réels négatifs (” effet de levier”), se retourne contre l’emprunteur avec le changement de conjoncture. L’endettement vient en effet amoindrir les capacités d’investissement des entreprises car:

  • Le déséquilibre de la structure financière qui résulte d’un sur endettement rend les prêteurs plus réticents;
  • Les frais financiers obèrent les résultats;
  • Le remboursement de l’endettement arrivé à l’échéance absorbe une large fraction des disponibilités financières des emprunteurs.

Ainsi apparaît il clairement que l’autofinancement est une condition nécessaire de la reprise des investissements. Ce n’est pas toutefois une condition suffisante dans la mesure où un redressement de l’épargne des entreprises pèse indirectement sur les revenus des ménages, risque de porter atteinte à la consommation de ceux ci, et, de proche en proche, de réduire l’aptitude des entreprises à vendre et donc d’affecter leurs raisons d’investir.

A partir de 1982, la tendance s’inverse: le taux d’autofinancement se redresse, retrouvant même en 1986 un niveau jamais atteint au cours de la précédente décennie.

On observe parallèlement que la trajectoire de l’économie française se caractérise à partir de 1983 par une phase de restauration des marges des entreprises succédant à la phase de dégradation prononcée, elle même entamée au début des années 70 et qui laisse pour cicatrices un important endettement et une faible accumulation de capital physique.

La restauration des marges s’est effectuée au départ grâce à la faculté d’alléger en tant que de besoin les effectifs et une pesée sur le pouvoir d’achat des salaires permettant aux entreprises d’engranger le bénéfice des gains de productivité. Dans un contexte de taux d’intérêt réels élevés, les entreprises se sont efforcées, plutôt que de relancer leurs investissements, de mener une stratégie de désendettement pour assainir leur situation financière et diminuer le poids des charges d’intérêt qui alourdissent leurs coûts. Progressivement soulagées de l’hypothèque que constitue leur sur endettement, elles ont par la suite développé leurs investissements tout en préservant une forte liquidité qui leur permettra peu à peu de développer leurs placements (15 % de la valeur ajoutée en 1988, contre 5% en 1981), notamment sous forme de titres courts.

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