Pouvoir d’achat et théories de l’épargne des menages

Written on 18 février 2008 – 13:06 | by admin |

L’évolution du pouvoir d’achat du revenu disponible des ménages connaît depuis le second choc pétrolier une évolution sensiblement ralentie, qui n’est pas sans incidence sur leur comportement en matière de consommation et d’épargne.

Depuis 1982, le partage du revenu national évolue au détriment des ménages, même si l’année 1988 marque un net ralentissement de cette évolution grâce à une forte reprise du pouvoir d’achat (+ 3,5 %). Cette performance est la résultante de:

  • la croissance retrouvée du pouvoir d’achat des salaires après six années de baisse qui n’avaient été interrompues que par la poussée de 1986 due aux effets favorables du contre choc pétrolier,
  • la forte croissance des prestations sociales qui atteignent désormais environ deux tiers des salaires bruts et trois quarts des salaires nets,
  • la montée en puissance des revenus de la propriété (intérêts, dividendes, revenus de la terre) qui représentent désormais près de 10% du revenu disponible brut,
  • alors que les mouvements de la consommation en volume et du revenu réel des ménages étaient pratiquement identiques depuis le début des années 70, la consommation s’envole à partir de 1980, mouvement s’accélérant à partir de 1986 avec une forte consommation de biens durables, liée sans doute à un certain rattrapage.

L’évolution de la consommation dépend de la facilité avec laquelle les ménages peuvent faire progresser leurs dépenses. L’amélioration de leur pouvoir d’achat et la libéralisation du crédit de la consommation concourent au soutien de la consommation; a contrario le tassement du pouvoir d’achat et l’encadrement du crédit en freinent le développement.

Ainsi sur une période de plusieurs années la consommation fluctue t elle en fonction des politiques économiques menées par les Pouvoirs Publics (relance ou austérité, respect ou non des grands équilibres, etc.). Elle est également influencée par les phénomènes d’épargne ou de dés épargne.

Les théories de l’épargne

Les théories économiques sur l’épargne des ménages sont à bien des égards ambiguës ou incertaines en raison du grand nombre de variables susceptibles d’influencer les comportements. Les économistes, dont les explications ne se rejoignent pas toujours entre elles, mettent en avant quatre facteurs principaux déterminant le partage épargne consommation:

le revenu: les économistes s’accordent pour donner un rôle majeur au revenu. Sur le long terme, chaque fois que celui ci augmente de 1 %, l’épargne s’accroît de 1,35%; sur le court terme, les comportements de consommation étant assez rigides, une hausse de revenu est en grande partie absorbée par l’épargne, tout au moins dans un premier temps. A l’inverse, une diminution du revenu entraîne à la fois une réduction de l’épargne, des prélèvements sur les actifs antérieurement accumulés et un recours accru au crédit;

l’inflation: le rôle de l’inflation est contesté. Pour certains économistes il existe un comportement de reconstitution des encaisses réelles qui inciterait les ménages à préserver le pouvoir d’achat de leurs économies et donc à épargner davantage dans un contexte inflationniste. Pour d’autres, ce même contexte les inciterait à la consommation, soit qu’ils anticipent des hausses de prix de plus en plus fortes, soit qu’ils considèrent inutile de conserver par devers eux des liquidités qui se déprécient;

le chômage: dans une perspective keynésienne, la montée du chômage, parce qu’elle accroît l’incertitude pesant sur les revenus futurs des ménages, est de nature à favoriser l’accumulation d’une importante épargne de précaution. Mais rien, sur le plan théorique, ne permet de garantir la persistance de cet effet, une fois les anticipations et les comportements des agents adaptés à un niveau d’incertitude plus élevé. D’autre part, l’accroissement du nombre des chômeurs et l’allongement de la durée moyenne du chômage sont, pour les tenants de la théorie des déséquilibres, à l’origine de processus de désépargne. En effet, pour éviter une variation trop brutale de leur niveau de consommation ou pour faire face à la charge financière des emprunts qu’ils ont précédemment contractés, les chômeurs sont conduits à prélever sur leur patrimoine et en particulier sur la fraction la plus liquide de celui ci. Cette utilisation de l’épargne liquide présente, du point de vue macro économique, l’avantage de restreindre les effets déflationnistes qu’exerce sur la demande intérieure la montée du chômage;

les systèmes de retraite par répartition: la généralisation de ces systèmes a pour certains économistes, notamment américains (M. Feldstein) un effet dépressif sur l’épargne; considérant qu’ils détiennent des créances sur les caisses de retraite, les ménages sont amenés à une moindre accumulation d’actifs. Les études réalisées en France sur le sujet ne permettent pas de confirmer toutefois cette théorie.

Les motivations des épargnants

Le besoin d’une épargne de précaution, par définition non affectée à des objectifs spécifiques, reste prioritaire pour la grande majorité des Français. Pour de nombreux épargnants, notamment parmi les plus âgés et les plus modestes, c’est bien souvent la seule raison d’épargner.

D’autres motivations poussent une fraction croissante de la population à constituer certes une épargne de précaution mais aussi à utiliser des supports variés destinés à recueillir une épargne affectée à un objet précis. Parmi ces motivations, les plus courantes sont la recherche d’un revenu supplémentaire régulier, la préparation de la retraite sur le plan financier, le désir de payer moins d’impôts, le souhait de pouvoir bénéficier de différents types de prêts, etc.

La baisse tendancielle du taux d’épargne des ménages

Rapport entre l’épargne brute (revenu disponible consommation finale) et le revenu disponible brut, le taux d’épargne permet de mesurer la propension des ménages à épargner.

Par delà les fluctuations de courte période, le taux d’épargne décroît tendanciellement depuis le milieu des années 70 en France comme dans tous les grands pays occidentaux.

Après avoir enregistré en 1975 un sommet historique, le taux d’épargne français n’a cessé de décliner. Cette évolution est liée à celle du pouvoir d’achat du revenu disponible brut des ménages dont la progression s’est ralentie à la suite des deux chocs pétroliers, voire est devenue négative certaines années comme 1980, 1983 et 1984. A contrario, l’année 1988 donne quelques raisons d’espérer.

Mise en évidence par les travaux économétriques, la cause principale de la baisse du taux d’épargne des ménages est le ralentissement du taux de croissance du pouvoir d’achat du revenu disponible brut. L’irréversibilité des dépenses de consommation (effet de cliquet) et la révision en baisse des ambitions en matière de constitution du patrimoine sont alors invoquées. Cependant d’autres facteurs, d’ordre conjoncturel ou structurel, sont susceptibles d’affecter le partage consommation épargne.

Du point de vue conjoncturel, diverses explications ont été avancées:

un effet “d’encaisse réelle”: les ménages chercheraient à compenser la dépréciation de leur patrimoine financier en période de forte inflation ce qu’expliquerait le niveau élevé du taux d’épargne au cours des années 70 tandis que la désinflation récente serait à l’origine de la chute de ce dernier; de manière générale, les ménages s’efforceraient de maintenir constant le rapport de leurs actifs financiers à leur revenu et augmenteraient leur consommation dès lors que le mouvement de désinflation et la baisse des taux d’intérêt ont entraîné des plus values importantes sur des éléments des patrimoines financiers susceptibles d’engendrer un accroissement du revenu, propre à stimuler la consommation;

un effet “logement” lié à l’effort plus ou moins grand consenti par les ménages pour se loger.

En ce qui concerne les déterminants structurels du partage consommation épargne, l’examen des mouvements amples du taux d’épargne fait pressentir que les comportements sont en train de changer:

fin du nominalisme: la période d’accélération de l’inflation a éduqué les ménages à faire de meilleures anticipations quant à la hausse des prix et à raisonner davantage en terme réel;

diminution de la “myopie spatiale” des ménages qui comprendraient mieux les conséquences économiques des décisions prises au sein des entreprises en matière de partage de la valeur ajoutée et par l’Etat dans le domaine de la redistribution des revenus ou des interventions économiques ou sociales;

sensibilité accrue au niveau des taux d’intérêt et gestion plus active de leurs patrimoines par les ménages qui ne se limiteraient plus à procéder à des arbitrages marginaux mais se montreraient plus disposés à restructurer leurs patrimoines en profondeur.

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