Vers une augmentation des besoins en fonds propres
Le passage spectaculaire d’une intermédiation bancaire à une intermédiation de titres observé en France à partir des années 80 ne doit pas laisser à penser que les progrès sont aussi rapides en ce qui concerne le passage d’une économie d’endettement à une économie de fonds propres. Toutefois plusieurs facteurs conduisent à attendre un renforcement des fonds propres des entreprises dans la décennie 90.
Les besoins de financement longs sont appelés à croître plus rapidement que les besoins de financement à court terme. Ces derniers, approximativement indexés sur le chiffre d’affaires, croissent de façon modérée dans une économie où l’inflation s’est ralentie et dont le taux de croissance est moins brillant, ce d’autant que la gestion des stocks, de plus en plus serrée, contient l’évolution de besoins. En revanche, les besoins de financement
longs devraient être accrus par la croissance des investissements, qui, sur une longue période, progressent plus rapidement que les chiffres d’affaires nominaux, ainsi que par le fait qu’un certain nombre de dépenses d’exploitation ou investissements immatériels tendent de plus en plus à faire l’objet d’une analyse et d’un traitement financier analogues aux investissements physiques classiques.
En outre, les entreprises sont soucieuses d’améliorer la structure de leurs bilans, ne serait ce que pour améliorer leurs résultats et pour présenter le meilleur visage devant les marchés de capitaux qui occupent une place croissante dans leur financement. Le recours aux procédures de marché implique une importante croissante des considérations patrimoniales dans les décisions de gestion car la qualité du risque telle qu’elle est perçue par les investisseurs intervient de façon significative dans la détermination du prix du financement.
Enfin, la forte variabilité des taux d’intérêt introduite par la nouvelle régulation monétaire rend l’endettement plus risqué qu’auparavant: c’est l’arme des taux d’intérêt qui sera d’abord maniée en cas de déséquilibre interne ou externe, frappant donc plus durement les entreprises endettées même si certaines techniques de couverture permettent dans une certaine mesure de cantonner le risque. De plus, et en permanence, les taux d’intérêt réels sont positifs dans le monde depuis quelques années, et en France en particulier, ce qui ne peut qu’inciter les entreprises à se capitaliser davantage.