Desinflation et l’évolution des taux d’interet
Le comportement financier des agents économiques est évidemment influencé par l’évolution du niveau général des prix, ainsi que celui des taux d’intérêt qui, comparé au précédent détermine en première approximation le coût ou le rendement réel liés respectivement à l’obtention ou au placement des liquidités.
Les pays de l’OCDE ont connu à cet égard une expérience de la désinflation à partir de 1980, fort différente des expériences comparables vécues depuis la deuxième guerre mondiale, par son ampleur, sa durée et sa relative concomitances. A une phase de ralentissement rapide de la hausse des prix (1980 1986) succède une période au cours de laquelle l’inflation, au delà de la reprise observée en 1987 et 1988, semble se stabiliser à un niveau un peu supérieur à 3 %, assez largement inférieur à celui des années soixante dix.
La France, traditionnellement vulnérable au processus inflationniste n’entamera son processus de décrue qu’avec un certain retard par rapport à ses partenaires, l’ampleur du débat politique et idéologique à la charnière des années 70 80 n’étant sans doute pas complètement étrangère à cette rémanence.
Dans cet environnement difficile, le durcissement généralisé des politiques monétaires à partir de 1979 conduit les taux d’intérêt nominaux à court et moyen terme vers des niveaux exceptionnellement élevés dans la plupart des pays industrialisés, la décrue s’opérant graduellement à partir de 1982. L’importance des politiques restrictives chez nos partenaires principaux justifiera que l’on évoque pour notre pays le concept de désinflation importée. La France n’échappe cependant pas à la hausse des taux d’intérêt et bat même des records au début des années 80.
La relation entre taux d’intérêt et inflation peut être différente selon que l’on considère les taux courts ou les taux longs, car les anticipations influencent la structure des taux, et suggèrent un plancher de taux nominal donc un niveau de taux réel d’autant plus élevé que l’inflation est faible.
En tout état de cause, même si la relation entre taux d’intérêt et inflation est apparue plus instable durant la décennie 80, le changement de palier des taux réels doit être apprécié à travers plusieurs facteurs explicatifs globaux, souvent controversés et parfois contradictoires, parmi lesquels on retiendra:
- l’interdépendance des taux d’intérêt mondiaux sous l’influence du marché “directeur” ou supposé tel, les Etats Unis dont les déficits publics, pour les taux longs, mais aussi les politiques de change pour les taux courts ont joué un rôle prépondérant,
- l’alignement des taux d’intérêt réels des actifs financiers sur la rentabilité anticipée des entreprises, celle ci pouvant apparaître élevée après une longue période de sous investissement ayant accéléré le vieillissement des équipements productifs,
- la montée des primes de risque liée aux incertitudes sur la croissance, le niveau des taux de change, la qualité des débiteurs, etc…
En prenant pour exemple le rendement des emprunts d’Etat, considéré comme taux directeur pour le long terme, on peut distinguer en France les phases suivantes:
- la première période, courant jusqu’en 1985 1986 est caractérisée par une forte diminution du taux nominal, de 14 % et même 16 % pendant la période électorale de 1981, à 8,8 %, et s’accompagne d’une hausse importante du taux réel (de O,4% à 6,2%),
- à partir de 1986 des fluctuations de moindre ampleur s’observent autour d’un chiffre pivot de 9% pour le taux nominal et 6% pour le taux réel.
- La formation des taux en France est aujourd’hui étroitement dépendante de l’extérieur. L’impact de ces derniers est plus difficile à identifier en raison des transformations de la sphère financière alors qu’ils sont devenus une variable de commande de la politique économique et en principe sujets à de plus amples fluctuations.