Positionnement du marché financier

Written on 27 février 2008 – 16:47 | by admin |

L’utilisation des critères classiques (atomicité, homogénéité, fluidité, transparence) d’analyse d’un marché parfait permet de mettre en évidence le positionnement actuel du marché financier par rapport aux autres segments du marché des capitaux.

Atomicité

Pour être efficace, un marché doit préserver ses caractéristiques de marché parfait mettant en présence un grand nombre d’acheteurs et de vendeurs, qui négocient un produit défini existant, en principe, en quantité suffisante pour que joue véritablement la loi du marché.

Un simple survol de la cote officielle semble indiquer que cette condition paraît tout à fait respectée, en particulier sur le marché des actions. En réalité l’appel public à l’épargne n’est ouvert qu’à une minorité d’émetteurs, ceci étant plus marqué encore sur le marché obligataire. En revanche l’offre de capitaux est suffisamment diversifiée, le nombre d’actionnaires ou d’obligataires personnes physiques ou morales étant important. Il reste que l’évolution des habitudes et des circuits de collecte de l’épargne tendent à réduire le nombre des intervenants significatifs sur le marché, facilitant le dialogue direct émetteur souscripteur et remettant ainsi en cause les systèmes traditionnels d’intermédiation, notamment sur les valeurs émises par la puissance publique.

Le marché comporte néanmoins de part et d’autre un nombre suffisant d’intervenants pour garder sur ce plan les caractéristiques d’un marché concurrentiel, fondé sur un équilibre des rapports de force qui n’est pas figé et ne joue pas nécessairement en faveur du principal émetteur, l’Etat, quels que soient les moyens dont il dispose pour piloter le marché primaire.

Homogénéité

L’idée d’homogénéité se réfère au concept d’uniformité : ainsi est il indifférent d’acheter sur un marché tel ou tel lot d’une matière première normalisée, blé, coton, café ou or.

Si la monnaie est un bien fongible par excellence, il n’en est pas de même des titres. A la diversité des émetteurs s’ajoute la multiplicité des modalités des titres, notamment sur le marché obligataire. Ce manque d’homogénéité est un facteur d’attrait pour l’épargne. On a suffisamment reproché à la réglementation des placements bancaires d’asphyxier la concurrence par un corset de textes précisant les moindres détails des produits offerts pour se féliciter de cette diversité autorisant des investissements très personnalisés.

Cependant, à l’instar du marché du crédit où la multiplication des formules de bonification, liée à une certaine conception du crédit objectif, fut un facteur de bureaucratisation des relations entre les intervenants, la surabondance du nombre de titres différents est susceptible de désorienter les investisseurs, et constitue un obstacle réel pour créer des instruments et des procédures modernes. L’imperfection du marché qui résulte de l’abus de formules ésotériques rencontre ici des limites à ne pas franchir si l’on veut éviter de décourager une bonne part de l’offre.

Le marché financier reste en tout état de cause par essence un marché de capitaux où les actifs échangés ont par nature un caractère hétérogène, ce qui nécessite comparativement à d’autres marchés de créances une assez lourde infrastructure de traitement et de gestion.

Fluidité

Un marché est fluide lorsqu’il n’y a aucune restriction à l’entrée ou à la sortie. Tous les marchés de capitaux sont relativement fluides en ce sens que la matière première, l’argent, est abondante et facile à obtenir pour autant que l’on soit solvable et disposé à en payer le coût de revient (agio).

Les marchés bancaires ne sont pas totalement fluides: des barrières tant réglementaires qu’économiques limitent la concurrence ; un réseau de guichets reste indispensable pour la conquête d’une part de marché des dépôts de particuliers ; une structure de bilan solide est le préalable indispensable à toute intervention de quelque importance sur le marché monétaire et a fortiori sur le marché des changes. Le marché des opérations financières n’échappe pas à la règle et les places sont difficiles à conquérir même lorsque la prestation requise est à la portée de bien des établissements.

Le marché financier proprement dit est assez fluide pour autant que le candidat émetteur en accepte les contraintes et réponde aux normes requises, qu’elles soient réglementaires ou de marché. L’entrée est également des plus aisées au niveau de l’offre des capitaux, grâce notamment au développement des formules collectives d’épargne.

La sortie en revanche, si elle ne rencontre en règle générale d’obstacles que dans l’état du marché en ce qui concerne l’offre de capitaux, est difficile pour la collectivité émettrice. Les opérations financières ont une durée de vie longue. L’admission de l’action à la cote n’a même pas, en principe, d’échéance. Les autorités de tutelle veillent à ce que les émetteurs, même las de participer au marché financier, ne puissent en sortir qu’en bon ordre.

En revanche les rigidités sont moindres sur le marché du crédit où il est plus facile de dénouer par anticipation des opérations qui sont conclues sur un plan bilatéral, même à l’intérieur d’un pool.

Transparence

Le marché secondaire est a priori l’exemple type d’un marché transparent, c’est à dire d’un marché où tous les opérateurs possèdent une parfaite connaissance des éléments composant ce marché. Tout est connu pour tous et au même moment grâce au “crieur” qui proclame les cours autour de la “corbeille” ou, aujourd’hui, grâce à l’affichage en temps réel sur des écrans.

Il reste aussi que cette qualité intrinsèque du marché financier est davantage théorique que réelle. L’interdépendance des économies et l’ouverture sur l’étranger des entreprises rendent l’information nécessaire à l’intervention en bourse de plus en plus copieuse : la décision est donc plus que jamais prise dans le contexte d’une information incomplète. En outre, le cours ne suffit pas pour renseigner sur la vie du titre. La connaissance d’ordres en carnet, celle des résultats prévisionnels de l’entreprise ou d’autres données la concernant constituent autant d’informations privilégiées qui, lorsqu’ils en disposent avant le public, sont de nature à permettre à des initiés de réaliser des opérations rentables mais aussi condamnables et pourchassées.

Améliorer la transparence reste, en tout état de cause l’objectif prioritaire et permanent de tous ceux   autorités de tutelle, intermédiaires, émetteurs  ‘ qui ont à cour de faire de Paris une place financière de standing mondial.

Related Posts

Put your related posts code here

Laisser un commentaire

Recherche :