Procedures d’introduction et premiers cours cotes
A première vue, peu de points communs apparaissent entre l’introduction sur le marché officiel où la capitalisation boursière et la quotité de titres requise pèsent bien plus lourd, et l’entrée sur le second marché qui, malgré la modicité relative des capitaux enjeu s’est mis spectaculairement en évidence depuis sa création en février 1983, sans doute parce qu’il était le symbole attendu du renouveau du tissu boursier en France.Peu de points communs également, semble t il, entre l’introduction en France d’une société multinationale déjà cotée sur une place étrangère, qui peut se réaliser par simple arbitrage, et celle de l’affaire familiale, plus ou moins secrète, que les boursiers devront tester avant de la connaître, ou encore celle d’un groupe nationalement connu et faisant l’objet d’une opération de “privatisation “.
Quel que soit le cas de figure, toute introduction en bourse est un pari sur la réaction du marché face au nouvel émetteur. A Cet égard, le choix de la procédure retenue a son importance mais ne garantit en aucune manière la réussite de l’opération.
Procédures d’introduction
La procédure d’introduction est précisée dans l’avis du Conseil des Bourses de Valeurs.
Procédure ordinaire
Tous les ordres d’achat, même les ordres au mieux, sont acceptés dès qu’ils sont libellés à un prix supérieur ou égal au prix d’offre. Toutefois l’avis précise la hausse de cours maximum qui pourra être appliquée par rapport au prix d’offre (souvent 1O%).
En fonction des résultats, le Conseil des Bourses de Valeurs:
- décide de coter en réduisant les ordres le cas échéant;
- reporte la cotation en demandant éventuellement un blocage des fonds des souscripteurs et/ou en changeant de procédure.
Mise en vente
Les ordres d’achat comportent une limite de cours (supérieure au prix d’offre minimum, mais raisonnable pour ne pas être qualifiée a posteriori lors de l’établissement du cours d” ordres au mieux” déguisés).
Les ordres au mieux ou les ordres assimilables sont exclus.
Le blocage des fonds est possible, ainsi que le report de cotation en cas de trop forte demande.
En fonction des résultats, la SBF,
- décide de coter si elle trouve une fourchette réaliste et suffisamment large où les ordres peuvent être servis sans réduction excessive,
- reporte la cotation, en changeant de procédure (OPV).
Offre publique de vente
offre publique de vente classique. Le prix de vente des titres est fixé préalablement à l’introduction.
L’offre de titres peut être segmentée entre différentes catégories de donneurs d’ordres, chacune ayant à la disposition un quota, un plafond ou une priorité par rapport aux autres.
Cette procédure peut s’accompagner d’un blocage des fonds correspondant aux demandes.
En fonction de l’offre et la demande, un coefficient de réduction sera éventuellement appliqué.
offre publique de vente nominative. Le prix de vente est fixé au préalable.
Les ordres sont nominatifs et limités en quantité (avec un minimum et un maximum) pour permettre une meilleure diffusion.
Un blocage des fonds peut être également demandé. Cette procédure n’est pas utilisée actuellement.
Conditions de réussite d’une introduction en bourse
La réussite d’une introduction en bourse s’apprécie d’après les traits suivants:
l’obtention rapide d’une première cotation: ceci suppose que le prix proposé par les introducteurs soit réaliste et que la procédure choisie permette d’y accéder sans que le processus ne soit alourdi par un report à huitaine, une nominativité des ordres ou un blocage des fonds,
la progression raisonnable des cours dans les jours qui suivent, permettant aux investisseurs d’origine de réaliser une plus value réelle mais non scandaleuse,
la phase d’engouement passée, l’animation du marché du titre nouvellement introduit sans mouvement erratique du cours et avec un volume d’échanges quotidiens étoffé. Le marché aura ainsi pleinement rempli sa fonction de liquidité.
On concédera que sur le second marché, cette séquence a été depuis 1983 d’autant plus difficile à atteindre que l’institution était nouvelle, la bourse dans des dispositions d’esprit exceptionnelles, les liquidités abondantes et les affaires introduites très attractives. Il en est résulté de nombreux tâtonnements quant à la procédure d’introduction à retenir. Aucune d’entre elles n’a véritablement résolu le problème du déséquilibre entre une offre de papier limitée à quelques dizaines de milliers de titres, s’agissant d’affaires moyennes ne diffusant qu’environ 10% de leur capital, et une demande atteignant bien souvent plusieurs millions de pièces.
On notera à cet égard que si un groupement d’introduction ne peut guère contenir l’emballement du premier jour, une sage précaution de sa part consiste à conserver un paquet de titres entre ses mains de façon à pouvoir offrir au marché les jours suivants, une contrepartie lorsque la demande s’essouffle. Dès lors le titre ne montera pas ” dans le vide” au grand soulagement de l’introducteur, toujours inquiet de ces phénomènes auxquels succéderait inéluctablement une baisse aussi rapide (” reflux de papier “) que l’a été la hausse, circonstance elle même particulièrement désagréable pour la banque. En effet, celle ci, pour sauver la face tant vis à vis de son client émetteur que de la place devrait avoir à prendre des dispositions pour “ravaler” le papier, et ainsi courir le risque d’engorger durablement ses portefeuilles avec ce titre délaissé.
Premier pas d’une entreprise sur le marché financier, l’introduction en bourse marque les esprits et l’émetteur se remet difficilement d’un échec face à la communauté boursière. A l’inverse, lorsque les événements se sont déroulés à la convenance des intéressés, la banque chef de file aura gagné la fidélité d’un client pour des opérations financières futures, en général intrinsèquement plus rémunératrices que les forfaits négociés de gré à gré pour les introductions dans un climat de concurrence aiguë entre les banques.
Et, en attendant la concrétisation de ces projets, elle aura la faculté de consolider sa position commerciale en assurant diverses prestations administratives : gestion du service des titres (transferts, oppositions, etc.) si, face au nombre nettement accru d’actionnaires, la société a décidé de confier cette tâche à une banque, centralisation du paiement des coupons, préparation et tenue du bureau des assemblées, etc.
Mais il conviendra aussi de préserver l’avenir en assistant la société dans sa
politique d’actionnariat dans trois directions principales:
l’information: qualité et régularité sont requises pour satisfaire la Commission des Opérations de Bourse, les analystes et journalistes financiers qui sont des prescripteurs importants, et finalement les actionnaires eux mêmes;
le dividende: on a vu précédemment les fondements d’une politique de distribution;
la surveillance du marché de l’action, indispensable pour contrôler l’évolution des cours, mais aussi les transactions.
Ceci permettra à la fois de préparer à long terme une opération financière et d’éviter de mauvaises surprises à court terme, telles qu’un ramassage de papier par une main hostile à des cours dépréciés.