Les inventions sur les marchés conditionnels

Written on 7 mars 2008 – 17:00 | by admin |

Compléments indispensables d’un marché au comptant ou à terme ferme, ces techniques, longtemps simples appendices confidentiels du marché à règlement mensuel, bénéficient aujourd’hui de la sollicitude de la place, qui ouvre en septembre 1987 un marché des options négociables de Paris (MONEP), à l’instar de ce qui est pratiqué de longue date sur d’autres places ou avec d’autres actifs financiers.

L’organisation d’un marché d’options négociables sur actions

Une option est un droit d’acheter (options d’achat ou “call “) ou de vendre (option de vente ou “put”) un actif financier (titre sous jacent) à un prix déterminé (prix d’exercice), pendant une période préalablement fixée. Ce droit, conféré à l’acheteur de l’option, quel que soit son sens, justifie le paiement d’une prime (” premium”) au vendeur, auquel elle est acquise définitivement, option exercée ou non.

Les options ont été introduites à la Bourse de Paris en 1964. D’une durée maximale de 9 mois, elles pouvaient être exercées à chaque liquidation jusqu’à leur échéance finale. Cette technique n’a eu en fait que peu de succès en raison de l’impossibilité pour les opérateurs de dénouer leur position avant l’échéance: multiplicité des échéances et des prix d’exercice, absence d’une Chambre de Compensation excluaient le fonctionnement d’un réel marché secondaire.

A l’étranger, l’engouement pour des options remonte à l’ouverture en 1973 à Chicago d’un premier marché d’options négociables, initiative suivie rapidement par d’autres créations semblables à New York, Philadelphie etc. Le premier marché européen s’ouvre à Amsterdam en 1978. La même année c’est le tour de Londres. A leur origine, ces marchés ont coté des options sur actions. Puis, les actifs sous jacents ont été diversifiés: devises, taux d’intérêt, indices, etc.

Le diagramme ci après indique les quatre stratégies fondamentales sur le marché d’options:

  • achat de “call”: risque de perte limité au “premium” versé; espérance de gain matérialisée en cas de hausse de l’actif sous jacent au delà de la somme du “premium” et du prix d’exercice;
  • achat de “put” : risque de perte limité au “premium “versé ; espérance de gain matérialisée dès que le cours de l’actif baisse en dessous de la somme du “premium” et du prix d’exercice;
  • vente de “call”: espérance de gain limitée au “premium” encaissé, risque illimité de perte en cas de forte hausse de l’actif sous jacent qui devra être livré à un prix d’exercice prédéterminé;
  • vente de “put”: espérance de gain limitée au “premium” encaissé, risque important de perte en cas de forte baisse de l’actif sous jacent.

Des stratégies plus complexes sont couramment pratiquée, par exemple:

  • le “call” synthétique (achat simultané du titre et d’un “put”) s’apparente à la stratégie d’achat d’un “call” et permet à la fois de profiter d’une hausse attendue du titre tout en s’assurant la faculté de liquider sa position à bon prix en cas de baisse;
  • le “put” synthétique (vente du titre s’accompagnant de l’achat d’un “call “) s’apparente à la stratégie d’achat d’un “put”: c’est la baisse que l’on anticipe, mais en cas d’anticipation erronée, la détention du “call” permet de reconstituer le portefeuille à un prix acceptable;
  • l’achat de “straddle” (achat d’un “put” et d’un ” call “) permet de profiter de tout mouvement important sur le titre, à la hausse comme à la baisse, avec un coût fixé à la somme des deux “premiums”;
  • la vente de “straddle” (vente d’un “put “. et d’un “call “j, à l’inverse de la stratégie précédente, consiste à jouer la faible variation du titre. Cette position, si elle ne s’adosse pas à d’autres opérations, fait courir un risque de perte très important.

La valeur d’une option évolue en fonction du cours du titre de base, (l’option d’achat se valorise avec le cours; l’option de vente évolue en sens inverse), du prix d’exercice (l’option d’achat vaut d’autant plus cher que le prix d’exercice est faible, et inversement pour l’option de vente), de sa date d’exercice (une échéance éloignée justifie un prix plus élevé) et du dividende (s’il intervient avant l’échéance, il vient logiquement diminuer la valeur du titre support). Enfin, la volatilité du titre sous jacent, seul facteur qui n’est pas une donnée, mais le résultat d’une évaluation, contribue à la formation du prix: prime d’assurance, l’option est d’autant plus chère que le titre est sensible.

Le MONEP

Le marché français des options négociables de Paris (MONEP), dans sa phase de démarrage (2 semestre 1987) devait offrir des options sur quelques valeurs sélectionnées en fonction de plusieurs critères: importance de la capitalisation boursière, répartition de l’actionnariat, degré de représentativité de la société dans son secteur. De nouvelles classes d’options devraient ensuite être ouvertes sur les valeurs les plus actives du RM.

Type d’options: à l’américaine (exercice à tout moment pendant la période de validité).

Echéances: à trois, six et neuf mois correspondant aux fins de trimestre civil.

Quotité: uniforme de 100 titres quelle que soit la valeur individuelle de l’action.

Cours: trois options pour chaque valeur sont cotées, une à un cours proche du jour (option dite au cours), une à un prix inférieur, dite dans le cours, une à un prix supérieur, dite “hors du cours “. Les produits à prix élevé sont bien entendu les plus volatils.

Frais: 10F par contrat + 4% partagés à 50/50 entre acheteur et vendeur.

Couverture: chaque intervenant doit offrir en permanence une couverture lui permettant de liquider sa position en perte à hauteur de 20 0/Exercice des options : tirage au sort des vendeurs devant répondre aux acheteurs exerçant leurs options.

Dans la foulée de cette création, les professionnels du marché ont mis au point l’installation d’options sur indice (dont l’originalité, on le remarquera, est que l’actif sous jacent ne saurait être par lui même livrable). Ce type d’instrument permet de créer des marchés très liquides dont le fonctionnement est moins compliqué et moins coûteux que celui des options sur actions.

Toutefois, une telle création supposait la mise au point d’un indice fiable, calculé en continu, reposant sur un petit nombre de valeurs du RM représentant cependant une part notable de la capitalisation du marché et des transactions. Après une période de vive concurrence entre l’indice “officiel” CAC 40 et la construction privée “OMF 50″, le premier devait prendre un essor remarqué et réaliser l’interconnexion des marchés du physique, des options sur actions et des futures. Valeur phare du marché des options, l’indice CAC 40 réveillera un outil peu transparent, peu liquide et peu fréquenté jusqu’en 1989, la complexité et surtout les circonstances boursières de fin 1987 expliquant ce départ laborieux.

Les bons d’acquisition (” covered warrants”)

Valeur mobilière cotée représentative d’options sur actions (le cas échéant sur obligations ou indices) à long terme (au moins deux ans), ce produit récent (1989) en France a fait ses preuves à l’étranger depuis 1985, en Suisse et en Allemagne.
Le titre confère au porteur la possibilité d’acquérir des actions à un prix défini lors de son émission et à tout moment jusqu’à l’échéance du bon. A la différence du bon de souscription, il permet d’acquérir ou de vendre des actions existantes, et non des actions nouvelles.

Plus particulièrement destinés aux investisseurs institutionnels, et parmi ceux ci les non résidents, les bons d’acquisition complètent le MONEP qui ne traite que les échéances courtes et pourraient s’étendre à la plupart des valeurs cotées au règlement mensuel, l’indice CAC 40 restant le support privilégié pour ces produits.

Vers la gestion indicielle

La mise à la disposition des opérateurs d’instruments adaptés autorise aujourd’hui la gestion indicielle, dont les balbutiements sur le marché français remontent à 1989.

Très pratiquée aux États Unis, plus de 10% des capitaux détenus par les investisseurs institutionnels américains sont gérés suivant ce principe né à la fin des années 60 à l’initiative de la Wells Fargo ‘ la gestion indicielle consiste à chercher à répliquer la performance de l’indice, suivant l’une ou l’autre de deux approches distinctes:

  • investir les liquidités dans des actifs sans risque et acheter parallèlement des contrats à terme sur l’indice (cf. section 3),
  • acheter les valeurs entrant dans la composition de l’indice, ce qui peut s’avérer très prenant car il faut tenir compte de toutes les opérations financières sur les valeurs composant l’indice, ou se contenter d’un échantillon.

Simple dans son principe, la formule est un produit de marché qui fait l’objet d’une vive concurrence: aux fonds de “réplication” dont l’objectif n’est autre que de coller à l’indice, s’affrontent déjà les fonds ” tiltés” qui ont pour ambition de le battre sans s’écarter outre mesure de ses performances. Ces derniers doivent adjoindre dans leur portefeuille des éléments extérieurs à l’indice sans pour autant le grever de frais de transaction importants, l’erreur à éviter étant de glisser vers la gestion de portefeuille traditionnelle…

Le développement de la gestion indicielle permettra à l’investisseur non résident de s’intéresser au marché français en écartant le problème du choix des valeurs. La formule ne peut évidemment exister que parce que les titres supports de l’indice bénéficient d’un large marché, et ne saurait donc supplanter les formes traditionnelles d’investissement sur le marché des actions.

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