Les fondements d’une politique de distribution
Les choix opérés par l’entreprise tiennent compte de facteurs propres à la société, mais aussi des intérêts des actionnaires majoritaires et enfin des réactions éventuelles des minoritaires.
Pour la société, la distribution de dividende est d’abord une ponction sur sa liquidité et en terme d’équilibre de ses comptes, une amputation de sa capacité d’autofinancement et de ses facultés de remboursement d’emprunt. Mais c’est aussi la justification fondamentale du pacte social et, dans le cas d’une société faisant appel public à l’épargne, un moyen de récompenser la fidélité des actionnaires, de contribuer au soutien du cours et par là même de réaliser ultérieurement un appel de fonds sur le marché financier dans de bonnes conditions en ayant fait la preuve que les intérêts des minoritaires étaient respectés.
La politique de distribution doit tenir compte également des besoins propres du groupe majoritaire, diversification du patrimoine ou moyen de financement des prélèvements fiscaux, pour les personnes physiques, récupération de ressources en quasi transparence fiscale grâce au régime mère filiale pour les personnes morales. Dans l’un et l’autre cas, une politique de distribution généreuse peut en outre, dans les sociétés cotées, par la valorisation du cours de l’action qu’elle implique, apporter une certaine protection aux actionnaires majoritaires contre le risque d’une offre publique d’achat ou d’échange. Ceci posé, pour les valeurs cotées, la bourse accepte des taux de distribution différents selon la qualité de l’entreprise, ses perspectives de croissance et son secteur d’appartenance.
La problématique est toute autre dans une société fermée où la distribution est susceptible de pénaliser sur le plan fiscal les propriétaires de l’entreprise et où la croissance régulière des fonds propres est à la fois un facteur de sécurité pour l’équilibre du bilan et un moyen de rassurer les partenaires banquiers dispensateurs de crédit. Au demeurant, la distribution des revenus peut ici s’opérer en amont de la détermination du résultat, par le jeu des salaires, loyers, etc.
Ainsi, et pour autant que des mesures de limitation décidées par les Pouvoirs publics ne viennent pas contrarier les initiatives des entreprises en ce domaine, la politique de distribution des dividendes doit être considérée comme un paramètre fondamental de la politique financière de l’entreprise, sous tendant notamment sa politique en matière de fonds propres: problème difficile à résoudre, en particulier pour les entreprises de taille intermédiaire où le collège des actionnaires a dépassé plus ou moins largement le cadre familial et où par conséquent une opposition peut se manifester entre le rendement actuel du titre et les justifications plus lointaines de l’autofinancement.
On notera enfin que d’importants dividendes servent de pivot aux montages de reprises d’entreprises avec levier car ils fondent la capacité d’endettement de la société mère, donc bien souvent l’essentiel de son pouvoir d’achat.