Bourse de paris-bourses regionales
La “bourse” est bien souvent assimilée au marché parisien, tant paraît grand le poids de celui ci par rapport aux six bourses régionales qu’abritent Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Nancy et Nantes. Dans un pays marqué par une tradition centralisatrice séculaire, on ne saurait en être outre mesure surpris.
L’idée selon laquelle les valeurs d’un intérêt national ou international devraient être uniquement cotées à Paris et les valeurs de caractère régional sur les bourses de province servit d’ailleurs de toile de fond à la réforme des marchés boursiers français (décret du 30 octobre 1961) qui, en instituant l’unification de la cotation, faisait de l’ensemble des bourses françaises un tout cohérent.
L’évolution des esprits, la prise en compte des aspirations régionales et la loi sur la décentralisation sont autant d’éléments qui ont amené à repenser le rôle des bourses de province.
Toutefois, la délocalisation des marchés facilitée par la télématique et la recherche de la productivité grâce à l’importance des volumes traités constituent aujourd’hui en faveur de Paris, des avantages compétitifs incontournables sur les valeurs de dimension nationale ou internationale.
La bourse de Paris
Comme la plupart des grandes entreprises françaises ont fixé leur siège social dans la capitale ou la région parisienne, la bourse de Paris accueille tout naturellement la majorité des sociétés dont le titre fait l’objet d’une cotation. Ensuite force est de souligner l’attrait de Paris pour maintes entreprises régionales qui, pour la quasi totalité, ont refusé en leur temps de voir leur titre transféré à la cote d’une bourse régionale comme le prévoyait la réforme en 1962. Enfin on comprendra facilement que les multinationales cotées à New York, Londres ou Tokyo ne conçoivent une introduction sur une bourse française qu’à Paris.
Par comparaison avec la situation qui prévaut à l’étranger et notamment outre Rhin, Paris occupe une place exceptionnelle sur le marché français et une position de bon aloi sur l’échiquier international.
Les bourses régionales
La situation des bourses régionales, parent pauvre de l’expansion générale du marché financier, est contrastée, même si le second marché leur a apporté un deuxième souffle et permis dans une certaine mesure de drainer une épargne de proximité.
Le cas de la bourse de Lyon, de loin la plus ancienne (1595) et la plus dynamique des bourses régionales est encourageant: avec plus de la moitié de la capitalisation des places de province et près des deux tiers des transactions enregistrées hors de Paris, Lyon affiche une position enviable qui doit beaucoup aux efforts du Crédit Lyonnais dont les emprunts y sont cotés et de la Lyonnaise de Banque dont les performances en matière d’introductions sur le second marché ont été remarquées.
Pouvant compter sur un tissu économique riche en entreprises performantes et à forte capacité de développement, vivier idéal pour le second marché, faisant preuve d’un dynamisme à tous crins au point de se forger une réputation de place spécialisée dans l’accueil des entreprises moyennes en “chassant” sur les circotiscriptions de Nancy et Marseille Lyon prend des initiatives remarquées: elle souhaite traiter des options négociables sur valeurs mobilières, envisage de coter des emprunts libellés en écu. Elle aspire à se positionner vis à vis de Paris comme Chicago ou Philadelphie par rapport à New York et passe des accords avec d’autres bourses européennes de moyenne importance.
Lyon a suscité une véritable émulation. Mais, malgré le réveil, tardif et inégal des places de provinces, les conclusions du rapport Mayoux (1979) restent encore d’actualité dans une large mesure, car un certain nombre de questions de fond préalable indispensable, même pour Lyon, à un renversement de la tendance , n’ont jamais pu être résolues:
les bourses régionales ne sont elles pas trop nombreuses pour bénéficier à part égale d’un effort de redressement? Certaines d’entre elles constituent elles encore des marchés, tant les investissements s’y font rares?
les gestionnaires de capitaux importants sont à Paris et surveillent un petit nombre de lignes faisant l’objet de transactions soutenues. Peuvent ils, en fonction de leurs objectifs de liquidité et de rentabilité, arbitrer comme ils le souhaitent sur les bourses régionales?
les entreprises cotées en province ont elles une politique boursière suffisamment affinée, notamment en matière de distribution de dividendes? Ne freinent elles pas l’animation du titre en se refusant à mettre sur le marché une part suffisante du capital de peur de faciliter les prises de contrôle?
les sociétés de bourse de province ont elles les moyens de susciter un intérêt pour “leur” bourse? Même s’il leur est permis de se porter contrepartie, ont elles les ressources financières nécessaires? Quel appui peuvent elles trouver localement auprès d’interlocuteurs de poids, investisseurs institutionnels notamment ? Ne risquent elles pas de devenir des succursales de financiers parisiens?
le marché régional des capitaux propres n’est il pas doublement étroit, du côté de l’offre comme de la demande?
Enfin la commission Mayoux posait un dernier élément de diagnostic sur le devenir des bourses régionales: “les évolutions technologiques en cours facilitant une informatisation plus poussée de la cotation, devraient contribuer encore à concentrer les ordres pour rentabiliser les équipements: si le marché financier dans son ensemble peut y gagner grâce à une meilleur circulation nationale et internationale de l’information, il n’y a pas à compter que la “déspatialisation” des opérations se fasse au bénéfice des places régionales “.
A partir du 1 er janvier 1991, le marché national est divisé en deux compartiments, celui des valeurs de stature nationale et celui des valeurs de taille moyenne ou de stature régionale. Face à la de spatialisation des cotations, les bourses régionales sont bien au pied du mur.