Necessité et objectifs d’une politique de l’epargne

Written on 18 février 2008 – 15:49 | by admin |

En infléchissant les capacités et besoins de financement des agents économiques la crise a rendu plus nécessaire que jamais la définition d’une politique de l’épargne. Devant les défis qui lui sont lancés, l’économie française doit trouver les moyens de financement indispensables à sa modernisation et à son redéploiement. Or les modèles qui ont permis au pays de surmonter deux guerres mondiales et d’assurer une expansion durable sont aujourd’hui caducs à bien des égards. Dans le contexte d’accélération du progrès technique et de stagflation des années 80, caractérisées par la montée du chômage, des sommes considérables doivent être investies: comme il ne saurait être question de recourir à l’excès à la création monétaire, il faut solliciter l’épargne sans provoquer des tensions, lourdes de conséquences, sur les marchés et circuits de financement.

Les principes et objectifs d’une politique de l’épargne sont nombreux. Dans le rapport Dautresme (1982), sept lignes directrices sont mises en évidence.

Assurer l’exercice d’un véritable accès à l’épargne

“Dans le discours et dans les faits, l’épargne apparaît plus comme un phénomène économique que comme l’une des expressions de la liberté individuelle et plus comme un privilège que comme un droit. La Déclaration des Droits de l’Homme affirme le droit de propriété mais ne mentionne guère l’accès à l’épargne qui est le plus souvent une condition préalable à remplir pour l’exercer effectivement” (Rapport Dautresme).

A plusieurs titres, l’épargne est essentielle à l’individu: elle lui conféré une sécurité devant les aléas de l’existence, lui garantit une certaine autonomie face à la pesanteur des structures sociales, lui ouvre des facultés d’initiative et de créativité irremplaçables. A l’instar de la consommation, c’est un facteur d’intégration sociale et a contrario d’exclusion quand elle fait défaut.

Pour en démocratiser l’accès, il faut réunir plusieurs conditions. Revaloriser les bas salaires est un premier élément de diffusion de l’épargne et des patrimoines même si c’est également une action en faveur de la consommation. En second lieu il faut faciliter les choix des épargnants, leur proposer des produits d’épargne qui respectent leur liberté de décision, simples et sans artifice de présentation, susceptibles enfin d’offrir une protection contre l’inflation à ceux qui subissent le handicap d’un modeste niveau culturel, social ou financier. Il importe également de donner à chacun la possibilité de mieux gérer son épargne : l’ignorance ou la crédulité en matière d’épargne sont autant d’obstacles qui peuvent être surmontés grâce à des actions de formation et d’information. Enfin, il faut reconnaître le droit à la différence: sous un vocable unique l’épargne est multiple dans ses formes et dans ses objets.

Protéger l’épargne populaire

De multiples raisons militent pour que l’épargne des plus démunis fasse l’objet d’une protection particulière. Mais la mise en Å“uvre de cette protection suppose que ses effets, virtuellement déséquilibrant sur le reste du système financier, aient été au préalable maîtrisés.

Le jeu conjugué de trois phénomènes confère à la protection de l’épargne populaire une actualité certaine:

l’accroissement du niveau de vie a élargi la population des petits épargnants qu’il convient d’encourager;

mais les formes prises par cette épargne l’exposent plus spécialement aux effets de l’instabilité monétaire ; toutefois la persistance de taux d’intérêt réels positifs, même pour les produits d’épargne liquide, a fait perdre de son acuité au classique débat sur l’indexation de l’épargne, génératrice d’une spirale à la hausse des taux;

parallèlement, la crainte du chômage entraîne la constitution d’une épargne de précaution qui mérite protection au profit des plus défavorisés.

Or, il est à craindre que les titulaires de faibles revenus n’aient pas les moyens patrimoine minimum et/ou culture financière de procéder aux arbitrages financiers nécessaires pour prémunir leur patrimoine contre les mouvements de taux dont ils sont souvent les premières victimes. A titre d’exemple, personne ne soutiendra que la rémunération de l’épargne sur livret, même celle des livrets défiscalisés, qui est la plus immédiatement accessible à la plupart des épargnants, ait permis, en période de forte inflation, de compenser en permanence les effets de l’érosion monétaire.

Aujourd’hui l’épargne populaire doit être protégée contre les emballements excessifs liés aux gains faciles enregistrés sur le marché financier, notamment à l’occasion de certaines opérations initiées dans des contextes particuliers qui masquent le risque général de la détention de valeurs mobilières.

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